La Grande Crise et l'échec de la gauche au Québec
Parmi les pays les plus affectés par la Grande Crise des années trente, le Québec est l'un des rares cas où le socialisme et le communisme n'ont pas réussi à faire de percées significatives, ne serait-ce que comme mouvements de protestation. Les causes d'insatisfaction ne manquaient pourtant pas et les partis traditionnels, tant au pouvoir que dans l'opposition, n'ont pas su plus qu'ailleurs proposer des mesures efficaces pour redresser la situation. On ne saurait non plus expliquer l'échec presque total de la gauche par le manque d'efforts : ni les communistes ni les socio-démocrates du CCF ne sont restés inactifs. Mais les premiers ont beau clamer leur foi dans le potentiel démocratique des masses populaires et multiplier les tentatives de noyauter le mouvement syndical ou les associations de chômeurs, ils ne parviennent qu'à recruter quelques centaines, sinon quelques dizaines, de membres. Les militants du CCF ne font guère mieux, même s'ils ne ménagent pas leurs énergies pour se démarquer des communistes et se présenter comme des modérés. Sans doute, on trouve l'explication de cet échec, pour une part du moins, dans les lacunes des deux principaux mouvements de gauche. Ayant tons deux des origines étrangères, ni le Parti communiste, ni le CCF n'ont su prendre en compte le nationalisme canadien-français ou même la question linguistique, sans compter les erreurs purement stratégiques. Mais une combinaison d'autres facteurs semble avoir été déterminante : l'hostilité systématique de l'Église à tout ce qui de près ou de loin pouvait être identifié au communisme ; l'attrait du fascisme et surtout du corporatisme sur les élites canadiennes-françaises; enfin, facteur non négligeable, l'ampleur de la répression pratiquée contre les mouvements de gauche. C'est un chapitre quasi inédit de l'histoire sociale du Québec que Andrée Lévesque écrit dans ce livre. Après avoir brossé un tableau socio-économique de l'époque, elle examine aussi bien les activités des partis de gauche que celles de leurs adversaires de droite pour expliquer un aspect encore largement méconnu de la tradition politique québécoise. |