Dans son oeuvre monumentale consacrée
à l'histoire de l'URSS, Charles Bettelheim s'écarte délibérément
de toute démarche prétendant « exposer » cette
histoire comme si elle était la réalisation des idées
de Marx, Engels, Lénine ou Staline; il s'écarte également
des interprétations orthodoxes la présentant comme le «
produit » des décisions du parti bolchevik et de l'Etat soviétique.
Trait commun à ces traitements idéalistes
de l'histoire de la formation soviétique : leur ignorance du mouvement
des contradictions objectives ( y compris au niveau de l'idéologie
), des diverses formes de luttes de classes, du rôle des représentations
héritées du passé qui pèsent sur les aspirations
des masses aussi bien que sur les vues des dirigeants. Abordant la
période postérieure à la mort de Lénine, Charles
Bettelheim s'attache plus particulièrement, dans ce volume, à
analyser cette fusion des contradictions qui apparaît à la
fin des années vingt comme une « crise générale
» de la Nouvelle Politique économique et qui exprime en fait,
à la veille du « grand tournant », l'échec des
tentatives d'alliance ouvrière et paysanne en URSS. Au coeur
de cette analyse se trouve abordée pour la première fois la
question des rapports entre le processus de transformation de la formation
sociale soviétique et celui qui affecte la « formation idéologique
» bolchevique, dont tous les aspects sont alors loin de coïncider
avec le marxisme révolutionnaire.
Quiconque voudra désormais traiter de ce qui
est ordinairement visé par l'expression « période du
culte de la personnalité » devra, sous peine de ne rien expliquer,
se référer à l'oeuvre novatrice de Charles Bettelheim.