Avec ce dernier volume consacré
à la période 1930-1941, Charles Bettelheim achève aujourd'hui
sa vaste fresque des luttes de classes en URSS de la révolution d'Octobre
à la Seconde Guerre mondiale.
Dans le premier tome, consacré aux dominés, il avait décrit l'expropriation de la paysannerie, la militarisation de la classe ouvrière, et la formidable accumulation du capital obtenue par la terreur de masse et la généralisation du salariat. Ce deuxième tome, consacré aux dominants, révèle la logique ultime du stalinisme : l'établissement d'un régime de parti d'Etat. Le "parti dirigeant" organise la nouvelle-bourgeoisie, au prix du sacrifice de nombre de ses membres et fractions; il unifie son idéologie et, sur la scène internationale, défend ses intérêts (plutôt Hitler que l'émancipation populaire); il assure, enfin, la domination politique de ces nouveaux exploiteurs sur l'ensemble du procès de production, aux dépens des nécessités mêmes de l'accumulation. Parachevé vers 1941, le système - démontre Charles Bettelheim dans une substantielle postface - n'a guère évolué depuis la mort de Staline. Sinon qu'il est entré dans une crise généralisée dont l'URSS cherche à sortir aujourd'hui par l'expansionnisme mondial. C'est dire que le passé des années trente s'écrit au présent. |