«Les traîneaux de pieds».
On surnommait ainsi, dans les années 60, les employés de la
Régie des alcools qui ravitaillaient les Québécois en
vin ou en gros gin en traînant leurs savates derrière des comptoirs
grillagés aux allures de confessionnaux.
Ils n'étaient que 3000, mais ce sont eux, les
prolétaires du nouveau secteur public, mal payés, sous-scolarisés,
qui ont obtenu les premiers la reconnaissance syndicale, malgré Jean
Lesage, qui soutenait que «la reine ne négociait pas avec ses
sujets», et qui ont déclenché la première grève
de la fonction publique québécoise.
Aujourd'hui, on les appelle les «Connaisseurs».
Ils sont jeunes, ils gagnent bien leur vie et en savent long sur le vin.
C'est même leur détermination qui a réussi à sauver
leur employeur, la SAQ, menacée par le projet de privatisation du Parti
Québécois.
Dans La Révolte des traîneaux de pieds,
Pierre Godin fait bien plus que relater la saga tumultueuse d'un syndicat
particulièrement énergique. C'est toute une tranche de
notre histoire sociale que ce livre fait revivre. II raconte aussi
bien la relation des Québécois à l'alcool depuis le
début du siècle que la lutte de ces «gens ordinaires»
pour participer à la Révolution tranquille tant chantée
par les politiciens.