L'âge de l'impérialisme
age_imperialisme_H_Magdoff.JPG Harry Magdoff

François Maspero, Cahiers libres 181-182, 1966, 1970, 206 pages

    Le livre de Harry Magdoff a d'abord un immense mérite : il est constamment en prise directe aussi bien avec la théorie qu'avec la réalité, qu'il confronte l'une à l'autre. Peu d'ouvrages font un tel appel à la démonstration concrète, aux faits contrôlés.
    Si par ailleurs l'analyse économique en est la base, jamais Magdoff ne s'y laisse enfermer, il en montre toujours les implications politiques et stratégiques, il éclaire celles-ci par cella-là, il souligne les relations et les interdépendances.
    Aussi ne saurait-il envisager l'économie américaine, à laquelle il s'attache principalement dans L'Âge de l'impérialisme : l'économie de la politique étrangère des États-Unis, comme une entité isolée exprimée par des statistiques nationales, mais comme ce qu'elle est réellement et de plus en plus : « une partie du système capitaliste mondial » étendant ses ramifications sur toute la surface du globe. Il prouve, chiffres à l'appui, l'effet cumulatif des investissements U.S. à l'étranger, il démontre que la puissance industrielle et bancaire américaine se développe infiniment plus vite hors frontières qu'intra muros. L'expansionnisme des monopoles conduit à l'impérialisme des États-Unis, qui entendent contrôler la plus grande partie possible d'un monde qu'il s'agit d'ouvrir aux investissements et aux affaires des firmes géantes multinationales. H. Magdoff met en relief les traits sensibles et parfois contradictoires du nouvel impérialisme : l'intensification de la compétition entre puissances concurrentes, et en même temps la maturation d'un véritable système capitaliste international, le tout coiffé depuis 1945 par la possibilité par les États-Unis d'organiser et de dominer l'impérialisme mondial.
    L'ouvrage de Harry Magdoff est en fin de compte et pour tous une contribution de première importance à la connaissance de l'impérialisme d'aujourd'hui et plus spécialement de l'impérialisme américain.

Pierre Jalée