| Fondements de la critique de l'économie politique II |
| Karl Marx
éditions anthropos, paris, 1968, 762 pages |
Marx évoque son travail
en ces termes : 1) "c'est le résultat de 15 années de recherches,
donc de la meilleure partie de ma vie ; 2) j'y expose pour la première
fois de manière systématique et scientifique, les rapports fondamentaux
de la société. Je dois au Parti de ne pas en gâcher
la forme par des tics d'écriture secs et noueux, propres à
un foie malade."
On trouve en effet dans les Fondements la tentative la
plus systématique pour dégager les éléments moteurs
de l'évolution historique de la société en général
et du capitalisme en particulier. Il ne s'agit nullement ici d'une description
de ce mécanisme, mais de l'explication de sa dynamique.
Jamais, dans aucun de ses écrits ultérieurs,
Marx n'a approfondi si avant le concept fondamental du capital, avec ses contradictions
et son unité que le mouvement historique détruit et recrée
sans cesse sous une forme nouvelle. Partant des notions fondamentales
de valeur, argent, division du travail, productivité, Marx montre
comment elles trouvent une synthèse en devenir incessant dans la forme
historique du capital qui les développe jusqu'à leur paroxysme
et leur négation.
S'en tenant ainsi aux notions strictement fondamentales
et au développement des forces sociales les plus élémentaires,
il situe dans son ouvrage la place de toutes les formes dérivées
du capital : classes sociales, déstructurées et restructurées
sous l'effet du développement de la production capitaliste ; crédit
sous ses formes les plus contradictoires et les plus diverses ; propriété
foncière bouleversée par l'industrialisation de l'agriculture
; État, commerce extérieur et marché mondial en crise
et régénération successives.
Découvert en 1923 par D. Riazanov dans le fonds
Marx-Engels, les manuscrits des Grundrisse devaient prendre place dans les
15 volumes destinés à regrouper toutes leurs oeuvres économiques.
Publiés en 1941, ils n'ont été diffusés qu'en
1953. Leur traduction en français permet enfin au lecteur francophone
l'accès à cette oeuvre de première importance pour la
connaissance de la pensée de Marx.
"On peut affirmer sans hésiter, écrit Eric
Hobsbawm, que tout débats marxiste sur l'histoire négligeant
les Grundrisse, c'est à dire tout débat théorique antérieur
à 1941 et - hélas - bien d'autres depuis, devraient être
repris à la lumière de cet ouvrage. "